Une charte d’agriculture paysanne

La charte de l’agriculture paysanne présente le projet d’une autre agriculture.

C’est un document à destination des paysans, des décideurs et des acteurs du développement agricole qui leur permet :

  • D’analyser les systèmes de production,
  • De mettre en évidence les éléments du cadre politique qui influent sur les modes de production et faire des propositions pour mettre en place l’agriculture paysanne
  • De définir des pistes d’évolution et de démarche pour les agriculteurs.

Plaquette de présentation de l’agriculture paysanne (PDF)

La charte de l’agriculture paysanne se compose de 3 parties indissociables  : une définition, 10 principes et une grille d’analyse

Définition

L’agriculture paysanne se définit comme une agriculture productrice de biens marchands et non marchands dans l’intérêt de la société.
Elle doit permettre à un maximum de paysans répartis sur tout le territoire de vivre décemment de leur métier en produisant sur une exploitation à taille humaine une alimentation saine et de qualité, sans remettre en cause les ressources naturelles de demain. Elle doit participer avec les citoyens à rendre le milieu rural vivant dans un cadre de vie apprécié par tous. (Encadré jaune).

10 principes

Le projet d’agriculture paysanne s’articule autour de 10 principes  : ce sont les repères politiques fondamentaux qui doivent orienter les décisions politiques ainsi que les pratiques des agriculteurs sur le terrain.

  1. Répartir les volumes de production afin de permettre l’accès du métier de paysan au plus grand nombre et de pouvoir en vivre décemment.
  2. Développer la solidarité avec les paysans des autres régions d’Europe et du monde.
  3. Respecter la nature selon l’adage : on n’hérite pas de la terre de nos parents, on l’emprunte à nos enfants.
  4. Valoriser les ressources abondantes et économiser celles qui sont rares.
  5. Rechercher la plus grande transparence dans les actes économiques : achat, production, transformation et vente des produits agricoles.
  6. Assurer la bonne qualité sanitaire et gustative des produits.
  7. Viser à l’autonomie la plus grande dans le fonctionnement de l’exploitation agricole.
  8. Rechercher les partenariats avec les autres acteurs du monde rural.
  9. Maintenir la diversité des populations animales élevées et des variétés végétales cultivées.
  10. Raisonner toujours à long terme et de façon globale.

Grille d’ANALYSE

Enfin, la charte de l’agriculture paysanne propose une grille d’analyse des exploitations agricoles axée autour de 6 thèmes qui permettent l’analyse globale à la fois des dimensions sociale, économique et environnementale.

 Autonomie

L’autonomie est la capacité d’être maître de ses choix. Elle illustre la façon dont les décisions sont prises sur la ferme, ainsi que le fonctionnement économique, technique et financier de celle-ci. L’autonomie s’applique à l’échelle de la ferme, de la région, du pays.
Autonomie en agriculture paysanne ne signifie pas autarcie. Au contraire, l’autonomie repose pour une grande part sur le partenariat, c’est à dire la complémentarité, avec les autres acteurs locaux. Il s’agit donc de valoriser au maximum les ressources humaines, techniques, et financières présentes localement.

Transmissibilité

La transmissibilité illustre principalement les dimensions sociales et économiques de l’agriculture. Avoir une ferme transmissible, c’est permettre à quelqu’un de la reprendre, de vivre de son activité, donc de maintenir des paysans nombreux sur l’ensemble du territoire. La transmissibilité des fermes est une condition essentielle pour répondre aux attentes de la société concernant le développement de l’emploi, la qualité des produits, le dynamisme de la vie rurale.
Une ferme est transmissible lorsque :

  • elle permet de dégager un revenu suffisant par travailleur.
  • ce revenu est créé par des moyens de production accessibles à des personnes ayant peu de moyens financiers
  • ces moyens sont adaptables à des changements du contexte économique et de la demande sociale.
  • les conditions de vie tant au niveau de la ferme que de l’entourage de celle-ci, sont satisfaisantes

La répartition des volumes de production

L’agriculture paysanne répartit l’accès à la production afin de permettre au plus grand nombre d’accéder au marché. La notion de répartition ne signifie pas une division mathématique de la production globale nécessaire par le nombre de paysans. Il s’agit de gérer la mobilité de la production avec des objectifs sociaux, économiques et environnementaux précis. En effet, que ce soit dans les productions totalement libres, dépendantes du marché, ou organisées dans le cadre d’une maîtrise, il y a en permanence des producteurs qui cessent, d’autres qui s’installent, d’autres enfin qui réduisent ou développent leurs volumes. C’est cette part de la production globale en mouvement qu’il faut “canaliser” de façon volontariste en direction des paysans dont le volume de production ne permet pas de dégager un revenu correct (c’est à dire qui permette de satisfaire les besoins de base et qui laisse la possibilité d’une vie sociale. S’il n’y a pas cette intervention publique et ciblée dans la mobilité des droits à produire, ceux-ci continueront à se concentrer dans les sites déjà les plus concentrés.

Travail avec la nature

Afin de permettre aux générations futures de répondre à leurs propres besoins, la préservation de l’environnement, de la biodiversité et du patrimoine constituent des priorités que les systèmes agricoles doivent prendre en compte.
Il faut adopter des pratiques fondées sur l’observation et l’analyse agronomique. Dénigrées lors du développement industriel de l’agriculture initié depuis cinquante ans, ces pratiques sont toujours pertinentes.
Adopter des modes de culture et d’élevage, autonomes et économes, adaptés aux potentialités agro-climatiques du territoire est un principe de base, qui relève d’une approche globale.
L’agriculture paysanne respecte les règlements les plus stricts existant, considérant que ce qui a été jugé néfaste à un endroit l’est partout.

Qualité des produits

Une des fonctions premières de l’agriculture est la production de denrées alimentaires répondant à des critères stricts sur le plan de la santé publique.
La qualité des produits dépend avant tout de la façon dont le paysan travaille dans sa ferme, c’est à dire de ses méthodes et moyens de production. Par exemple, à qualité bactériologique et sanitaire égale, la qualité d’une viande peut varier en fonction du mode d’alimentation des animaux.
La qualité des produits doit être reconnue et identifiable, tant sur le plan gustatif que sur celui des modes de production.
Cette reconnaissance officielle assurera la reconnaissance du producteur, mais également le respect du consommateur.
Il ne peut y avoir qualité des produits sans respect des principes de précaution et de transparence.

Développement local et dynamique territoriale

Etre paysan, ce n’est pas seulement exercer un métier à l’intérieur d’une ferme, même en étant “très bon”, ou avoir des relations transparentes avec les consommateurs. Cette transparence est traduit la responsabilité du paysan vis à vis du consommateur.
Etre paysan, c’est aussi être un acteur social, économique, citoyen ayant des impacts précis sur la dynamique territoriale. Si la pérennité de l’agriculture que nous souhaitons dépend pour partie de l’attitude des autres citoyens, de leurs choix de consommation, l’avenir économique et social de notre territoire dépend aussi des paysans, par l’ouverture aux autres, le choix de leurs relations sociales et économiques, leur contribution à la mise en valeur du territoire.

Cette grille d’évaluation permet de visualiser :

  • ce qui dépend du cadre politique, ce qu’il faut faire évoluer afin de mettre en place l’agriculture paysanne,
  • ce qui dépend de la démarche des agriculteurs, ce qu’ils peuvent modifier à travers leurs pratiques.

L’objectif de l’évaluation est de réfléchir aux moyens individuels et collectifs de progresser, afin de mettre en place une agriculture qui soit dans l’intérêt de la société.

Pour en savoir plus, le site de la FADEAR : www.fadear.org et le site : agriculturepaysanne.org